La décohabitation c'est possible (même quand on a un enfant)
Je suis persuadée que l'intime est politique et que c'est en ayant de nouveau modèle de vie qu'on peut envisager d'autres manières de faire, d'autres façons de vivre.
Si la décohabitation alors que l’on a un enfant est connue, cette manière de faire intrigue et j’ai souvent énormément de question sur le sujet, je vais donc essayer de développer pourquoi nous avons choisi cette formule et comment nous l’avons mise en place.
Tout d’abord un petit historique : je suis avec Julien depuis fin 2015, nous sommes donc ensemble depuis plus de 10 ans (la vache, ça ne nous rajeunit pas cette affaire) et nous avons une fille de 6 ans née en 2019 (coup de grâce pour ma jeunesse). Notre couple à traversé beaucoup de bas et l’équilibre a été extrêmement complexe à trouver. Chaque couple doit trouver sa formule et elle n’est pas la même pour tous. Ce qui a marché pour nous ne marchera pas forcément pour les autres. De plus je suis consciente d’être privilégiée et cette histoire de décohabitation n’a été possible que parce que je suis une femme blanche cisgenre valide et financièrement autonome.
Note couple a commencé en étant “ouvert” C’est à dire qu’il nous était possible d’aller coucher avec d’autres personnes. Il s’est vite refermé à ma demande et cette question est revenue plusieurs fois sur la table sans que je ne souhaite y retourner.



En 2019 donc, il y a presque 6 ans et demi j’accouchais d’une enfant qui se révélera être une formidable humaine. L’accouchement fut traumatisant, le post-partum extrêmement difficile et à posteriori je pense même avoir fait une dépression du post-partum jamais diagnostiquée. En mars 2020, alors que Lou avait 4 mois, le confinement dû au Covid nous tombe dessus. Pour Julien qui venait de lancer son activité de photographe c’est un coup dur. De mon côté je venais tout juste de reprendre le travail mais la librairie fermait pour 2 mois.
Durant l’été 2020 Julien a fait des crises d’épilepsie dû à un angiome cérébral qui saignait. Sa mémoire était en PLS et le traitement pour l’épilepsie le rendait agressif. Il n’avait plus le droit de conduire et j’assumais donc la plupart de nos déplacements alors que je n’aimais pas conduire. A l’époque Lou avait 9 mois et ne faisait toujours pas de nuit complète, elle se réveillait terrorisée par les travaux qu’elle subissait la journée chez son ASSMAT et nous devions la rassurer et lui tenir la main pendant ses insomnies. Nous ne dormions que 4-5h par nuit.
En novembre 2020 la librairie fut déclarée “commerce essentiel”, nous avons mis au chômage technique nos salariés et pris l’entière charge de travail d’une librairie qui s’envolait... Je sombrais.



Notre couple n’était plus que l’ombre de lui même, nous n’arrivions plus à nous parler, nous n’arrivions plus à être autre chose de que simples colocataires partageant les tâches ingrates de la maison, tentant parfois de retrouver notre vie d’avant sans jamais y parvenir. Le quotidien nous mangeait, et même si je trouvais de l’oxygène avec la publication d’un livre sur le post-partum en 2022 (Nos post-partum mais il n’existe plus) nous n’avions pas de relai familial proche et nos point de désaccord se portaient sur la gestion de la maison, notre temps de travail respectif et le temps que nous passions à nous occuper de notre fille. Je ne trouvais pas les choses équilibrées, je me sentais extrêmement seule en ayant l’impression qu’il avait plus de temps “libre” que moi. Les choses s’envenimaient et nous ne trouvions pas de terrain d’entente. La question du couple libre est revenu encore une fois et j’ai eu l’impression d’atteindre un point de non retour. Cela me faisait extrêmement peur pour notre couple, pour mon égo, pour notre famille, il n’en était pas question.



Nous avons décidé de divorcer au premier trimestre 2022. Notre fille avait 2 ans. Nous avons commencé à voir un avocat chacun de notre côté et avons donc entamé les démarches. J’ai cherché un appartement. Sauf qu’au milieu de tout ça se trouvait une petite fille de 2 ans qui n’avait rien demandée et nous avons très vite décidé de faire les choses bien en allant voir une conseillère conjugale et familiale pour organiser tout cela au mieux pour elle. Les rendez-vous passent et cette femme qui nous connaît bien car nous avions déjà été la voir quelques années avant la naissance de notre fille nous a dit “Vous vous aimez encore, peut-être pourriez-vous trouver une autre solution ?”. Ce qui me faisait peur dans le couple libre ce n’était pas tant de “perdre” mon conjoint, c’était de savoir, de me comparer, de m’inquiéter, de croiser ces personnes, de m’imaginer quelque chose. J’ai donc décidé d’accepter le couple libre à condition de ne rien savoir et donc de garder l’idée de ne plus vivre ensemble, pour que le mensonge ne puisse pas s’immiscer. Si je ne veux pas savoir il me suffit de ne pas demander.



Nous avons donc organisé notre vie de famille autour de ça. L’appartement que j’avais trouvé était suffisamment grand pour pouvoir y accueillir ma fille la moitié du temps car nous avions décidé de nous partager équitablement sa garde. Je l’ai trouvé à 10 minutes à pieds de chez Julien (nous vivions dans son appartement) et à peine plus loin de son ASMAT et de l’école maternelle qui l’accueillerai à la rentrée (nous étions en avril). J’ai pris énormément de temps pour déménager. Presque un mois avant d’y passer la première nuit toute seule. Lou était venue plusieurs fois pour se familiariser avec le lieu. Nous passions du temps dans les deux appartements et mes affaires y allaient petit à petit.
J’avais balisé les choses en lui lisant des livres et en parlant beaucoup, en verbalisant énormément. La littérature jeunesse ne regorge d’ailleurs pas beaucoup de livre avec des parents toujours amoureux mais qui ne vivent pas ensemble. J’ai dû me contenter de ceux qui parlent de vivre dans deux maisons sans évoquer les disputes ou le divorce. ( LIVRE ICI )
Nous avions choisi une configuration un peu particulière car Lou était encore petite et qu’une semaine complète de séparation nous semblait trop. L’emploi du temps était donc réparti en deux semaines types :
SEMAINE 1 : SEMAINE 2 :
lundi soir : Maman lundi soir : Papa
mardi soir : Maman mardi soir : Papa
mercredi soir : Papa mercredi soir : Maman
jeudi soir : Papa jeudi soir : Maman
vendredi soir : Maman vendredi soir : Papa
samedi soir : Maman samedi soir : Papa
dimanche soir : Maman dimanche soir : Papa
Nous avions donc tous les deux le même nombre de weekend dans le mois pour lequel il fallait la faire garder le samedi car c’est un jour ou nous travaillons tous les deux.
Ce modèle d’emploi du temps impliquait donc n’avoir aucune activité hebdomadaire puisque nos soirées libres changeaient chaque semaine. Néanmoins nous avions une certaine souplesse et pouvions nous rendre des services si quelque chose se présentait (une rencontre à la librairie, une soirée avec des copains etc) mais 1) nous n’étions pas obligé d’accepter 2) chaque service était compensé dans l’autre sens. S’il me gardait Lou pour une rencontre à la librairie je devais le décharger d’une soirée. Cela peu paraître très rigide pour certain mais c’est la solution que nous avons trouvé pour ne pas nous sentir lésés dans un sens ou dans l’autre. Si Lou dormais chez moi je devais donc aller la chercher chez la nounou (et plus tard à l’école), la nourrir, la coucher et l’emmener le lendemain matin et l’autre prenait le relai le soir en fonction de l’emploi du temps. Pour les vacances scolaires, chacun avait une semaine complète pour pouvoir partir. Cela m’a permis de faire des voyage solo avec elle et j’adore cette configuration. Encore aujourd’hui alors que nous vivons à nouveau ensemble nous avons gardé cette organisation.



Notre fille s’est très bien adaptée. Nous n’avons pas senti de difficulté particulière. Son père venait parfois dormir à la maison et j’allais parfois passer la soirée chez lui pour que nous puissions être tous les trois. Nous partions en vacances ensemble et passions la majorité de nos dimanches ensemble. Chez l’un ou chez l’autre. Si j’allais chez lui il restait responsable de Lou, des repas, des activités et inversement. Il n’y avait aucune obligation, juste de l’envie de passer du temps ensemble. D’ailleurs il m’est plusieurs fois arrivé de partir plus tôt que prévu à cause d’une dispute et d’être heureuse de ne pas avoir à subir la présence de l’autre alors qu’on aspire seulement à être seul.e.
C’était une très chouette période qui m’a permis de réapprendre qui j’étais. J’ai pu penser à l’aménagement de mon appartement sans que quelqu’un d’autre que moi n’ai son mot à dire. J’ai pu faire des courses sans devoir faire des compromis. Et je pouvais organiser mes activités sans personne pour me freiner. J’ai retrouvé une liberté qui avait été grignoté par des années de vie de couple et de cohabitation car avant Julien j’avais été en couple pendant 5 ans et entre les deux j’avais vécu une année de célibat/chômage où je naviguais entre chez mes parents, chez ma sœur et son coloc et chez ma grand-mère ou des appartements meublés. Je n’avais jamais eu de chez moi rien qu’à moi. C’était la première fois que je m’achetais un lit et que je choisissais ma déco. Et puis j’ai retrouvé du temps libre. Libre du regard de l’autre. Libre du jugement. Je pouvais glander en slip dans mon canapé toute la journée en binge watchant Greys Anatomy si ça me chantait. Je pouvais grignoter dans le canapé et me faire un petit dej’ au lit sans qu’il ai peur des miettes. Je pouvais lire tous l’après-midi ou bien partir sur un coup de tête à la mer. J’ai retrouvé cette liberté de faire ce que je voulais de mon temps, sans charge mentale, sans repas à anticiper, sans enfant qui se réveille la nuit. J’ai retrouvé des joies simples que j’avais perdu à cause du couple et de la maternité. Je me retrouvais moi. Et grâce à ça on s’est retrouvé nous. Fini les disputes, il gérait son appartement comme il l’entendait et je gérais le mien. Si on n’était pas d’humeur on ne se voyait pas. Lou était toujours prioritaire dans notre vie mais nous avions enfin du temps libre seul.e. Julien a enfin eu le temps d’entamer une thérapie et d’avoir un diagnostic de TDAH sévère. On a compris des choses, on a su où il fallait lâcher pour que les choses glissent mieux. J’ai aussi repris la thérapie de mon côté et réussi à me débarrasser de mon émétophobie qui prenait de la place dans ma vie depuis 20 ans. Bref, on a pris soin de nous. La garde alternée à sauvé notre couple et grâce à cela nous avons eu envie de revivre ensemble.



Car même si la garde alternée nous à aider à retrouver qui nous étions, le quotidien ensemble nous manquait. Et c’est pourquoi je vous raconterai pourquoi en août 2024 nous avons décider de re-cohabiter. Mais ça sera pour une prochaine newsletter, celle-ci est déjà bien assez longue…
P.S : Évidemment tout cela n’a été possible pour moi seulement parce que j’ai un conjoint qui assume sa paternité pleinement, en qui j’ai une confiance aveugle pour s’occuper de notre fille et de prendre rdv chez le médecin si elle était malade.

Merci pour ce partage 🙏🏻
Merci pour ce témoignage 😊. C’est très rare de lire ce genre de témoignage c’est très intéressant .